Le soulèvement populaire en Égypte - l’espoir et le danger, par Hélios d'Alexandrie
Il est clair que les médias et leur multitude d’analystes sont de plus en plus divisés en deux camps sur la révolution égyptienne.
Il y a ceux qui voient une merveilleuse manifestation de « pouvoir populaire » qui aboutira naturellement à une sorte de démocratie pluraliste si on la laisse aller. Et il y a ceux qui voient seulement les Frères musulmans et n'entrevoient qu’un aboutissement négatif à cette révolution. Ces vues extrêmes doivent être pondérées. En fait, selon ce que feront ou ne feront pas les États-Unis, cette révolte pourrait s’avérer être la meilleure ou la pire des choses à advenir au Moyen-Orient à l'époque moderne.
Tout d’abord, il ne fait aucun doute que les Frères musulmans constituent une grande menace. Si Moubarak s’en va et qu’il y a un vide politique, les Frères musulmans seront le groupe d’opposition le mieux placé pour le combler, surtout si aucune intervention extérieure ne les en empêche.
D'autre part, la majorité des centaines de milliers d'Égyptiens qui manifestent et qui meurent dans les rues d’Égypte aujourd'hui ne le font pas parce qu'ils veulent que la charia soit appliquée à la lettre. Il s'agit plutôt d'une révolution populaire au sens littéral du terme : elle englobe tous les segments de la population égyptienne, et pas seulement les islamistes. Le seul but qui unit tous les Égyptiens est le départ de Moubarak, d’où le signe arabe omniprésent Irshal : « Dégage »
Par conséquent, au lieu de présumer naïvement que cette révolution va conduire à une société démocratique en Égypte (et que les Américains ne devraient rien faire), ou de présumer cyniquement qu’il s’agit incontestablement d’une révolution islamiste qui doit être écrasée (en soutenant Moubarak et la tyrannie), les États-Unis ne devraient pas soutenir le régime de Moubarak, mais plutôt faire tout ce qui est nécessaire pour s’assurer que la révolte aboutisse, dans les faits, à une société laïque et pluraliste, à laquelle de nombreux Égyptiens aspirent.
Les laïcs sont là. Le temps est venu de les soutenir. S’ils ne sont pas soutenus par l’Occident, les Frères musulmans prendront le contrôle de l’Égypte par défaut. Et si cela se produit, le Moyen-Orient connaîtra des secousses comme jamais auparavant dans l'ère moderne.